Le classement de Shangaï ressort ces temps-ci comme une attaque de spéculateurs, en plein été, quand il est plus facile de se faire remarquer et de marquer les esprits.
Visiblement, la majorité des journalistes qui parlent du classement de Shangaï n'a pas non plus fréquenté les écoles et universités qu'ils admirent dans un classement où ces journalistes déplorent la faible présences des universités françaises.
Le classement de Shangaï est basé sur 6 critères (voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Classement_acad%C3%A9mique_des_universit%C3%A9s_mondiales ):
- Nombre de prix Nobel et de médailles Fields parmi les anciens élèves
- Nombre de prix Nobel et de médailles Fields parmi les chercheurs
- Nombre de chercheurs les plus cités dans leurs disciplines
- Nombre d'articles publiés dans Nature et Science
- Nombre d'articles indexés dans Science Citation Index, et Arts & Humanities Citation Index
- Performance académique au regard de la taille de l'institution (La somme pondérée des cinq indicateurs précédents divisée par le nombre de chercheurs (équivalent temps-plein))
et ces critères n'ont aucun rapport avec les critères qui dans le système français qualifient une "très bonne" formation.
Traditionnellement en France, les écoles sont qualifiées par la difficulté à y entrer, notamment par concours.
Il est connu, sauf officiellement, que les établissements appelés "Grandes Ecoles" sont "meilleures" que les "Universités" .. (sauf qu'à l' étranger, on connaît le mot "Université" et pas l' expression "Grandes Ecoles" et que par ailleurs, ces dernières ne font pas grand chose pour faire leur réclame à l' étranger: ce n'est par exemple pas la peine de les chercher dans les salons d' études supérieures en dehors de l' hexagone..).
Dans le monde anglo-saxon et dans son optique (en passe de gagner en Chine), la réputation d' une école est d' abord celle des professeurs qui y enseignent, du nombre de publications et de récompenses de recherche menées dans l' établissement.
Certes au bout du compte, les 2 critères se rejoignent (on en rentre pas facilement dans une Université américaine où enseignent des stars et où se récoltent des prix Nobel et on n'enseigne pas facilement dans une Grande Ecole où se retrouvent les jeunes esprits les plus aiguisés par la sélection) mais en premier aperçu, la différence de point de vue est énorme.
Dans un classement de type "classement de Shangaï", la France part perdante puisque dans notre pays, les unités de recherches sont imbriquées les unes avec les autres et avec les Universités et avec les grandes écoles. Beaucoup d' unités de recherche dépendent par exemple en partie du CNRS, qui lui n' est pas pris en compte par le classement de Shangaï quand un de ses chercheurs, par ailleurs prof, publie quelque chose.
Autre problème beaucoup plus gênant sur le fond: à quoi doit s' occuper un prof ? A publier et à se faire connaître ? ou à enseigner ?
Si un professeur passe son temps à chercher et à publier, comment peut-il enseigner ? La fonction "très bon enseignant" est-elle bijective avec "très bon chercheur récompensé" ?
Tout cela peut paraître futile mais il y a un danger sous-jacent.
Si la France et ses gouvernants (notamment les actuels toujours prompts à avoir comme objectifs uniques les vitrines des journaux) cèdent aux critères anglo-saxons sur la notation des formations, alors le système actuel français chutera.
Or un système de formation ne tombe pas du ciel. Il est le résultat de l' histoire, de la tradition, de la culture et de la langue d'un pays. Un système de formation est adapté à un peuple et à sa mentalité, il ne peut pas être "bon" pour lui si il est imposé. Essayer de jouer avec un jeu contraire à sa nature n'a jamais donné grand chose.
Un exemple récent ? Le MBA HEC, anciennement ISA. Malgré les sommes énormes dépensées, son classement dans le système anglo-saxon n'a presque pas changé et il ne dépassera jamais les MBA des universités américaines dont "MBA" a toujours été le critère "local". A l' inverse, les "mastères" d' HEC (diplôme créé par JP Chevènement quand il était ministre de l' éducation) ne sont plus que des pompes à fric même pour HEC-Entrepreneurs qui proposait en management une alternative à la fameuse "méthode des cas" – en général mal adaptée en France puisqu' utilisée avec des étudiants qui n' avaient jamais travaillé contrairement aux étudiants américains auxquels elle sert-. Et pourtant ces mastères étaient une excellente solution pour ceux qui voulaient avoir un double diplôme. Mais la logique anglo-saxonne choisie (et les intérêts financiers de quelques uns optimisés avec l' opacité du budget "communication" d' HEC) a eu raison de l' intérêt des étudiants.
La grande intelligence des anglo-saxons a été de transformer leur système local en système système mondial (comme ils ont imposé le hamburger, le coca, la langue anglaise comme langue mondiale ou comme ils imposent certains standards américains comme CMM ou l' hébergement des données chez eux via la mode du "cloud").
Perdant la bataille du nombre face à la Chine, les USA et leurs affiliés anglo-saxons ont déplacé le combat sur les standards et notamment les standards d' éducation. N'est-il pas facile de manier les masses quand elles ou leurs cadres ont été formés selon des façons de pensée et schémas mentaux connus ?
Si en France, les politiques en charge de l' éducation ou certains nouveaux responsables américanisés d' écoles et universités veulent communiquer, publier et se classer, ils feraient mieux de communiquer, publier et faire des classements sur le modèle français à l'étranger pour montrer ses avantages et montrer qu'il y a une alternative au modèle américain qui ne correspond pas à tout le monde.
Il y a quelques années, personne ne parlais du classement de Shangaï, devenu soudain aussi célèbre que Lady Gaga. Pourquoi ne pas avoir un classement de Paris selon NOS critères et notamment la difficulté à entrer dans l' école ?
Tiens au fait, vous avez vu beaucoup d' établissement allemands dans le classement de Shangaï ?




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