La guerre entre les Grandes Ecoles et le reste de l'éducation nationale a été ravivée par les politiques et leurs idées de quotas d'entrées dans les Grandes Ecoles.

Toujours rien de nouveau dans le vrai débat qui devrait être posé: l'Ecole Française doit-elle apprendre à apprendre ou former des gens à travailler. La tradition de l' Université Française est de former des esprits avant de former des gens adaptés au monde économique. On rouspète depuis des décennies contre la non adéquation des études au monde économique mais rien ne se fera tant que le vrai sujet ne sera pas posé sur la table et qu'on prendra une orientation d'un côté ou de l'autre. Visiblement l'histoire de l'âne de Buridan n'a pas marqué les esprits des "décideurs" politiques.

Alors que la fracture sociale s'amplifie et que la seule solution républicaine reste l'éducation, voilà que des gens, (qui pour la plupart ont fréquenté Grandes Ecoles et Universités que de façon sporadique à l'exception de Valérie Pécresse qui a fait HEC), imaginent installer des quotas à l'entrée des Grandes Ecoles.

Le populisme s'engage là-dedans et honte à ceux qui émettent des doutes sur cette solution faussement égalitaire..

Il faudrait distinguer en effet (ce que personne ne fait dans ce débat) différentes sortes de Grandes Ecoles:

– celles dont la scolarité coûte cher (notamment les école de commerce dont les 3 parisiennes) et celle dont la scolarité coûte beaucoup moins cher (notamment les Grandes Ecoles scientifiques dont les fleurons que sont Centrale, l' X, les Mines)

– celles dont la culture est un élément pouvant être déterminant à l'entrée (HEC par exemple -mais on peut aussi y entrer grâce aux matières "moins" culturelles) et celles qui ne nécessitent pas forcément d'avoir baigné dans un monde de "culture classique".

– celles où l'émulation d'une classe de prépa aide (un élève "moyen" de prépa de Louis Le Grand pourra entrer à l' X alors qu'il faudra être LE meilleur d'une prépa de province pour y être admissible) et celles où l'on peut entrer en travaillant dans n'importe quelle prépa (les écoles un peu moins cotées)

La première différence, celle du coût, peut se résoudre par des décisions faciles à prendre: bourses ou réductions du coût (ce qui serait au passage l'occasion de faire le ménage dans les budgets pour le moins opaques des écoles de commerce en clarifiant la rémunération des professeurs et surtout les budgets "marketing communication" qui servent souvent à cacher des rémunérations cachées ou des avantages en nature qui engraissent des gens n'ayant aucune valeur ajoutée pour des étudiants… mais comme cela touche souvent des gens de chambres de commerce et d'industrie, le sujet est sensible et beaucoup plus difficile que la récupération de quelques millions en Suisse ;-)))

Un problème annexe est que souvent les gens qui imaginent des solutions à ce sujet n'ont pas la moindre idée des difficultés concrètes d'argent des étudiants "pauvres". Je me souviens d'un projet d'école européenne concocté par quelques énarques de Bercy. ils imaginaient un parcours de 3 ans dans 3 capitales. Quand j'ai demandé au promoteur du projet comment allaient faire les élèves n'ayant pas beaucoup d'argent, il m'a regardé avec surprise en me répondant que les études étaient gratuites. Je lui ai parlé des frais de déplacement, de vie. il a eu l'air surpris puis a parlé des banques qui font des prêts… Visiblement il ne savait pas que les banques demandent des cautions ;-))

La seconde différence ne peut se résoudre facilement. Quelqu'un qui dès son plus jeune âge a vu ses parents lire, parler à table de culture "classique", acheter Le Monde et regarder autre chose que TF1 à la télé aura de toutes façons un avantage déterminant par rapport à l'enfant, si doué soit-il, qui a fait ses devoirs sur un coin de table avec une mère occupée au et aux ménage(s) et un père assommé par le chômage ou une journée de travail à la chaîne. On le voit dans les écoles de commerce où par exemple à HEC, sur la base de statistiques personnelles faites lors de 5 années de recrutement, j'ai vu moins de 10% de fils et filles de classe ouvrière contre 90% de fils de médecins, avocats ou cadres supérieurs. La différence est encore plus grande  paradoxalement dans les admissions dites parallèles, où quelqu'un ayant "raté" HEC par la filière "normale" pourra se rattraper avec son bon air et sa connaissance-culture du milieu par rapport à Rachid, venu de banlieue en RER pour l'oral, mal à l'aide dans son costume prêté et intimidé par le monde inconnu de Jouy-en-Josas.

Il faudra alors que les recruteurs puissent avoir du recul pour juger les gens sur leurs qualités et non sur leur aisance et leurs accents (comique comme un accent chinois hésitant passe mieux qu'un accent de banlieue...). Au système de choisir de "bons" recruteurs.

La troisième différence est aussi résolvable en partie par des décisions politiques. Il suffirait d'installer des quotas qui empêchent trop d'élèves d'une même prépa d'aller dans UNE école ou de s'inscrire au concours.

Ainsi l'émulation des prépas serait plus homogène et les prépas payantes qui trustent les classements depuis quelques années cesseraient leur racket sur l'éducation ou alors devraient s'installer sur tout le territoire. Au apssage, cela permettrait à des gens moins aisés de pouvoir espérer le top pour leurs enfants puisque même si un petit niçois ou grenoblois est pris à Louis Le Grand, les frais de vie à Paris ne pourront peut-être pas être supportables par les parents alors que les études à Masséna ou Champollion pourraient être finançables.

A propos des quotas, il en existe déjà dans certaines écoles puisqu'il y a des concours réservés aux étrangers. Ont-ils permis d'avoir + d'étrangers dans nos écoles et de mondialiser le système d'éducation français ? Pas vraiment puisque de norme américaine, le MBA est devenu comme par magie une norme mondiale et que le fleuron de l'éducation économique à la française, HEC, s'est vendue à ce format MBA sans oser vanter les mérites de la formation made in France. 

De toutes façons, ce n'est pas en abordant un problème complexe avec une boîte de cirage qu'on arrivera à l'objectif a priori voulu .. à moins que ceci ne soit tout simplement qu'une manoeuvre politique de plus.

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