Bonjour le succès, grâce à EDF
Les ventes du livre «Bonjour paresse» décollent depuis que l’entreprise a menacé l’auteur de sanction.
Par Laurent MAURIAC mercredi 18 août 2004 (Liberation – 06:00)
DF s’est découvert un nouveau métier : agent littéraire. Sans son intervention, seul un public restreint saurait qu’une de ses employées, Corinne Maier, a fait paraître, le 29 avril, un livre intitulé Bonjour paresse dans lequel elle raille le monde du travail dans les grandes entreprises (1). Depuis que son employeur, en juillet, l’a convoquée à un entretien d’explication et l’a menacée de sanction, tout le monde est au courant.
«Délire». A la suite de la presse française, le Financial Times a consacré ce week-end une demi-page au livre, annoncée en une. Le prestigieux quotidien britannique va jusqu’à reprendre, dans un petit article à part, dix «règles alternatives pour la vie de bureau» qu’on n’est guère habitué à trouver dans ses colonnes. Par exemple : «Travaillez le moins possible», «N’acceptez jamais un poste à responsabilité», ou encore «Soyez gentils avec les CDD, ce sont les seuls à vraiment travailler». Et hier, le Herald Tribune reprenait un article du New York Times. Corinne Maier, économiste au service recherche et développement d’EDF, «est devenue une héroïne de la contre-culture», affirme l’auteur, qui voit dans le livre «un contrepoint aux efforts du gouvernement de centre droite pour réparer les dommages infligés aux habitudes de travail par des décennies d’administration socialiste, qui a adopté la semaine de travail de 35 heures».
«C’est du délire», s’extasie Yves Michalon, président fondateur de la maison d’édition, qui ne compte plus les articles. «Singapour, les Indiens, l’Argentine, la Nouvelle-Zélande, on n’a jamais vu ça !!!» Sans oublier les demandes de traduction : Etats-Unis, Japon, Chine, Australie, plusieurs pays européens… Michalon vient de lancer la cinquième réimpression du livre après avoir écoulé 15 000 exemplaires. Hélène de Virieu, responsable de l’édition, rend hommage à EDF : «L’entreprise nous a donné un coup de pouce. On devrait envoyer un communiqué pour remercier François Roussely», son patron.
Malice. La direction d’EDF, dans sa lettre à Corinne Maier, lui reprochait notamment le «non-respect de l’obligation de loyauté manifesté à plusieurs reprises lire le journal en réunion de groupe, quitter les réunions avant la fin». Une attitude qui révélerait «la stratégie individuelle clairement affichée dans l’ouvrage, visant à gangrener le système de l’intérieur». «Quand elle a reçu la lettre de son employeur, elle a fait ce que tout employé français ferait : elle l’a remise à un syndicat et lui a demandé de l’aider dans sa défense», note avec malice le New York Times. L’entretien devait avoir lieu hier, mais l’employée a demandé son report à septembre, pour cause de vacances… ce dont s’amuse aussi le quotidien américain.
EDF se doutait-il de l’immense coup de pub donné à son employée ? «Il y a une procédure en cours. On ne peut pas faire de commentaire officiel», répond une porte-parole. Pour Sophie Mairot, attachée de presse chez Michalon, la réaction d’EDF est la meilleure illustration de la thèse du livre. «Elle conforte le texte, en montrant une sorte de malaise dans les grandes entreprises.»
(1) Ed. Michalon, 120 pp., 12 €.





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