Lors de la grande séance d’auto-publicité pour le statut d’auto-entrepreneur, le président de l’union des artisans (l’UPA), Pierre Martin a mis les pieds dans le plat en dénonçant une “distorsion de concurrence” et en expliquant que ce statut allait “développer une économie parallèle avec des acteurs peu ou pas qualifiés qui n’ont comme autre horizon qu’une retraite de misère “. Il a ajouté que “nombre de collègues ou patrons de TPE sont incités à se séparer de leurs collaborateurs en leur proposant ensuite de passer au statut d’auto-entrepreneur en leur promettant des contrats” ..
Pierre Martin a donc visiblement le franc parler des artisans qui sont les principaux entrepreneurs et créateurs d’entreprises du pays (quand le gouvernement se vante du nombre de créations d’entreprises, on devrait préciser ce que définit “création d’entreprise” et indiquer donc parmi les chiffres donnés le pourcentage d’ artisans ou de commerces … On verrait alors la création d’entreprise, au sens voulu par la communication gouvernementale, est faible en france et à quel point notre pays est un pays de petits commerces et d’artisans . Peut-être alors parlerait-on + d’eux et les aiderait-on mieux qu’ils ne le sont actuellement, ignorés dans les shows politiques d’énarques et de technocrates qui souvent en connaissent comme magasins que ceux qui appartiennent à des réseaux ou à de grandes entreprises ..).
Outre les limites et l’intérêt du statut même d’auto-entrepreneur, le président de l’Union des Artisans pointe du doigt des problèmes plus graves.
Il est en effet très facile et extrêmement tentant pour un patron de changer ses salariés en auto-entrepreneurs. Cela lui permet de passer ses charges fixes en charges variables et surtout de ne plus avoir à gérer l’incroyable paperasse que nécessite la gestion de salariés.
Rappelons à ce sujet qu’en 2008, il était prévu que les cotisations soient récupérées et demandées par UN organisme. Comme les systèmes de l’ URSSAF, du GARP et autres n’étaient pas encore capables de communiquer normalement entre eux, on voit en 2009 le retour des demandes de chacun des organismes et toute la logistique de paiement et de papiers à gérer pour les entreprises. N’aurait-il pas été plus utile et intéressant de commencer à faire porter ses efforts dans ce type de choses ? Certainement mais c’est beaucoup moins visible au 20 heures 
Le transfert des salariés en “entrepreneurs forcés” existe depuis longtemps; de grosses entreprises y ont souvent eu recours notamment dans le domaine informatique.
Le calcul est simple. Plutôt que d’avoir des salariés, vous pouvez passer par une SSII qui vous propose des gens en régie (en informatique, SSII signifie la plupart du temps “gestion administrative et travail temporaire à votre place; essayez de demander à un commercial de SSII qui vous vend une prestation de vous parler d’un cahier des charges ou de parler du projet
) mais c’est cher. C’est notamment très cher par rapport à ce que touche la personne qui travaille chez vous et qui s’en contente.
La tentation est alors énorme de supprimer l’intermédiaire esclavagiste, la SSII, et de proposer au bon “employé” de devenir acteur de sa vie (utiliser les mots qui vont bien et qui font se sentir le gars maître de son destin et futur Michael Dell).
Vous pouvez aussi faire en sorte qu’il gagne un peu plus et cela vous fera une sacrée économie.
Par exemple, un développeur payé 300 euros ht la journée dans une SSII, vous coûte 6000 euros par mois en moyenne et en touche lui au maximum 3000.
Vous le payez 4000 euros par mois après qu’il ait monté sa société ou soit devenu auto-entrepreneur (tant qu’il n’a pas vu les limites de CA) et vous économisez 2000 euros par mois avec en bonus la possibilité de rompre le contrat beaucoup plus facilement qu’un contrat de SSII.
par ailleurs, l’inspection du travail aura plus de difficultés à montrer que le contrat avec la SSII est une sorte d’embauche déguisée puisque les gens que vous louent Cap Gemini, Accenture, Alten, Altran et tous leurs clônes travaillent chez vous depuis 2 ans, tout le temps 
Autre idée : vous licenciez les gens qui travaillent chez vous en les changeant ensuite en auto-entrepreneurs. le statut est compatible avec le chômage; résultat: l’ex employé touche le chômage + un petit qqch en continuant à travailler chez vous.
Dans quelques mois, y aura-t-il des statistiques sur les “nouveaux chômeurs” qui ont des contrats avec leur ancienne société en tant qu’auto-entrepreneurs ?
Il y a une autre question intéressante en amont: les technocrates qui ont mis en place ce système l’ont-ils fait sans vraiment imaginer les utilisations perverses du statut d’auto-entrepreneur parce que comme ils n’ont jamais travaillé de leur vie ils ne connaissent la vraie économie qu’à travers les discours théoriques et les enseignements de consultants et professeurs eux aussi très loin de la réalité OU est-ce que le statut d’auto-entrepreneur a été mis en place pour essayer de “légaliser” le travail au noir qui se généralise de plus en plus dans une économie en crise non pas à cause des sub-primes et depuis l’été 2008 mais parce que le travail rapporte moins que la spéculation sur des résultats futurs ?
Dans le deuxième cas, il serait intéressant que les théoriciens de cette méthode débattent avec ceux qui arrivent aux conclusions inverses en ce qui concerne l’immigration (pas de légalisation des sans-papiers)
Dans le premier cas, c e serait encore une preuve que les politiques sont de plus en plus déconnectés et loin… mais on a bien sûr les politiques qu’on mérite.. ceci à quoi bon continuer de les financer ? On pourrait les mettre en auto-entrepreneurs 




Laisser un commentaire